Ressenti de Maya, membre de JUBEf
Etre en colère oxymorons
(« Nager dans les contradictions » « Patauger dans les oxymorons »)
Colère contre « les politiques » qui «ne font rien », qui ne font pas assez, qui continuent
pareil, qui ferment les yeux, tiennent un langage lénifiant, « rassurant », qu’on va pouvoir
s’en sortir sans changements fondamentaux, radicaux, sans renoncements incisifs,
douloureux. Au niveau personnel, au niveau sociétal. Au niveau national, global.
Mais : si je regarde de près, je fais pareil, au fond, ou presque. Même que je suis une
« vieille écolo ». Malgré le fait que je ne prends pas l’avion (aussi parce que trop malade,
trop vieille). Que j’utilise les transports publics depuis ma naissance, par principe, sauf
quand j’estime qu’il faut quand même utiliser la voiture (charges lourdes, par
commodité, par envie, par ennui, par frustration). Sachant très bien que l’habitude de
mon père de faire presque tout à pied, en marchant tous les jours, était la façon la plus
saine, au niveau personnel et global (il n’était pas paysan mais professeur). -- Je
« consomme » des denrées médicaux modernes sophistiquées qui prolongent ma vie
(un peu ? quelques années ?) : oui, je suis contente d’avoir échappé à la mort pour le
moment; mais à quel prix (écologique entre autres– et que réserve le futur) ? -- Ma
maison est certes bien trop grande, mais je ne veux pas (encore) partir, trop y a été
investi, dans tous les sens du terme. –- J’aime les textiles, je tricote, couds etc. « depuis
toujours », je ne jette rien sauf des haillons, ainsi j’ai des habits pour 100 ans au
moins…par exemple des bonnets pour cancéreuse…et pourtant, j’en fabrique encore –
faut bien s’occuper, non ? Et même j’en achète, un peu, mais évidemment trop. -- Je ne
jette aucun aliment, j’ai appris dans mon enfance lointaine - sans frigo – à gérer la
nourriture, avec soin, circonspection et travail constant, mais je digère mal les
légumineuses et autres choux, la viande passe bien par contre, et je m’accorde le plaisir
d’un avocado, d’une mangue, de bananes, de noix venues de loin, du chocolat noir, oui,
avec un peu de mauvaise conscience – et en m’exonérant que ce n’est qu’un petit écart
ponctuel de mes comportements pourtant exemplaires, non ? Mince – les emballages
qui, triés, remplissent de grands sacs pour le "Tritout" – malgré les quelques produits
achetés en vrac. Mais y a pas de marché tout près…-- Les journaux, les catalogues
(peut-on les stopper ?), le vieux papier, bien trop volumineux… Les livres de l’amatrice
de lecture que je suis, en vrai papier, des montagnes – est-il faux de soutenir les
écrivains, les libraires, les journalistes ?--…Mon seul sport: danser le Tango – certes, pas
onéreux, mais quand même…--Les quelques sorties culturelles, rien d’excessif il me
semble…-- Dernièrement des excursions avec les petits-enfants, quel plaisir
retrouvé…et, ENFIN, je l’espère, un peu de vacances à la montagne, en hôtel, avec les
jeunes qui habitent à 10 000km d’ici. Alors…
En conclusion : Quelle est mon Empreinte Carbone, my Carbon Footprint ? Quand est
ma date personnelle du dépassement, My Personal Overshoot Day ? Quel serait mon
bilan réel si on tient compte de tout ? – Certes : minuscule comparé au bilan horrifique
de mon contemporain Donald T…
Et ENFIN :
Quels sont les mécanismes bio-psychologiques qui font que nous n’apprenons rien, ou
si peu, de l’histoire, ni de notre histoire personnelle, ni de l’Histoire tout court. Chaque
enfant recommence à comprendre le monde, à sa manière, et avec les données de son
environnement actuel, avec ses capacités d’adaptation. Ce que c’était, jadis, il y a
presque 80 ans, pour moi : je m’en souviens encore, un peu, ou très bien, selon – mais je
ne peux RIEN transmettre de l’expérience des prés fleuris en juin avant les foins, des
odeurs, du BRUIT étourdissant des insectes…un souvenir lumineux lointain, qui est à
moi, seule, mais aussi perdu pour toujours.
La Rationalité dont nous devrions nous servir face au futur du globe terrestre n’est
qu’une couche de vernis très mince, friable. Dessous se trouve la sphère profonde et
bouillonnante de l’Emotionalité qui nous régit. Notre « cerveau de dinosaure » domine
bien souvent la partie cérébrale dite supérieure de l’Homo sapiens. Et pourtant nous
savons. Ou au moins : Nous pourrions savoir.
D’où mes doutes, mon scepticisme.
(NB : Je suis particulièrement sensible au sort des forêts – estomaquée ++ par le
retrait de fonds par Cons Féd Rösti, une stupidité quasi-« trumpienne »))
Maya Borkowsky le 15.08.2026